Climat : Comment interpréter les objectifs de l'Accord de Paris ?

Dans une semaine, le 9 mars, le projet de loi de ratification de l'Accord de Paris sera présenté en conseil des ministres. Ce sera le premier pas de la transcription dans notre droit national du texte adopté le 12 décembre 2015 à l'issue de la 21e Conférence de l'ONU sur le Climat.

Cet accord reste largement à préciser - ce sera le rôle des prochaines conférences - mais il donne déjà une indication claire de la direction que la communauté internationale souhaite donner aux émissions de gaz à effet de serre. Cette trajectoire conditionne les choix économiques et technologiques des décennies à venir, il n'est donc pas trop tôt pour s'y intéresser...

 

(Cet article a été publié initialement sur le blog Energie et Développement. Pour plus de détails, vous pouvez consulter cette analyse complète de l'Accord de l'Accord de Paris)

 

Ce que dit le texte

En matière d'atténuation, l'Accord contient deux objectifs principaux :

  • "Contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels en poursuivant l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C." (article 2)
  • "Parvenir au plafonnement mondial des émissions de gaz à effet de serre dans les meilleurs délais [...] et parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié du siècle." (article 4)

Ces deux objectifs, pour ambitieux qu'ils paraissent, ne nous disent pas combien de gaz à effet de serre nous pourront émettre en 2030 ou 2070. Essayons donc de les traduire en une trajectoire d'émission.

 

Quel profil d'émissions est compatible avec l'Accord de Paris ?

Le 5e rapport du GIEC (p. 64)  indique que pour avoir une probabilité de 66% de rester en dessous de 2°C, il faut que le total de nos émissions ne dépasse pas  2900 milliards de tonnes équivalent-CO2 (ou GTeqCO2). Compte-tenu de ce qui a déjà été émis nous disposons encore d’un « budget carbone » d’environ 800GTeqCO2.

Le premier objectif de l'Accord de Paris peut donc s'interpréter comme une limitation de nos émissions de gaz à effet de serre à 800GTeqCO2 entre maintenant et le moment où nous atteignons les zéro émissions nettes. Il s'agit d'une limite haute puisqu'elle revient à renoncer à l’objectif de 1.5°C et nous laisse encore une chance sur trois de dépasser 2°C. Elle correspond à peu près à 20 années d'émissions au rythme actuel.

 

La seconde partie du second objectif signifie que nous devons parvenir à zero émissions nettes pendant la seconde moitié du XXIe siècle. C'est-à-dire qu’à un moment après 2050 nos émissions devront devenir égales à la quantité de gaz à effet de serre que nous captons.

Il faut noter que, à l’heure actuelle, notre capacité à capturer et à stocker des gaz à effet de serre est très faible. Les projets d’afforestation et de reforestation nous permettent de retirer quelques fractions de pourcents de nos émissions annuelles de l’atmosphère et encore il ne s’agit que d’un stockage temporaire. Des solutions techniques sont proposées, par exemple l’utilisation de centrales à biomasse avec capture et séquestration du carbone, et d’autres pourraient apparaître dans le courant du siècle. La formulation du second objectif indique donc un pari sur le développement de ces technologies.

Notons Teq le moment où l'équilibre entre émissions et émissions négatives est atteint et Eeq la quantité de gaz à effet de serre correspondante.

 

 L'addition des deux contraintes nous donne un profil d'émissions de ce type :

  • Un pic dans les années qui viennent,
  • L'apparition de puits de carbone (ou "émissions négatives") dans le courant du siècle qui croissent jusqu'à Eeq,
  • Une décroissance rapide des émissions pour passer du pic à Eeq,
  • Un total des émissions nettes (c'est-à-dire la surface hachurée) inférieur à 800GTeqCO2.

 

Au moins 4% d'émissions en moins par an pendant 35 ans

Ce modèle permet de comprendre trois points importants :

  • La phase critique de la mise en œuvre des objectifs de Paris se trouve entre le pic d’émission et le moment où les zéro émissions nettes sont atteintes. Pendant cette période, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront décroître à un rythme soutenu, ce qui implique une forte pression sur les entreprises et les consommateurs.
  • Beaucoup de profils d’émissions sont envisageables mais le rythme de baisse moyen pendant cette phase ne dépend que de quatre variables : les émissions entre aujourd’hui et le pic, le niveau d’émission au moment où le pic se produit, Teq et Eeq.
  • Plus le pic d’émission sera tardif plus le rythme de baisse devra être rapide, il est en est de même pour le moment où les zéro émissions nettes sont atteintes. Eeq est le seul paramètre sur lequel nous pouvons réellement jouer pour adoucir la transition. Le cas le plus favorable est celui où le pic d’émissions a lieu immédiatement, les zéros émissions nettes sont atteintes le plus tôt possible (Teq = 2050) et Eeq est maximal (disons, par exemple, Eeq = 10GTeqCO2). Il est à noter que, en dehors de ce cas le plus favorable, une baisse linéaire des émissions ne permet pas d’atteindre l’objectif de 2°C/800GTeqCO2, il faudrait donc un profil de décroissance des émissions plus rapide (par exemple exponentiel).

Dans le cas le plus favorable,  les émissions mondiales de gaz à effet de serre devront baisser en moyenne de 3.9% par an entre 2015 et 2050. Ce qui revient à retirer 860MTeqCO2 par an, soit à peu près les émissions actuelles de l’Allemagne, chaque année pendant 35 ans.

Un tel niveau d'ambition constitue une remise en cause radicale pour les activités émétrices de gaz à effet de serre, il constitue aussi une très forte incitation à le recherche et au développement de technologie de capture du carbone. Enfin et surtout, dans les secteurs qui ont une forte inertie (infrastructures, énergie, urbanisme, batiment...), le rythme de baisse des émissions implique d'engager immédiatement une transition vers des solutions neutres en carbone sans étape intermédiaire.

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